Sur les traces des pirates de Séto

By arnaud In Escales

Il flotte sur les îles de la mer de Séto un parfum qui rappelle inévitablement l’ère des derniers samouraïs. Le « château pirate » de Suigun Jyo, point culminant de l’île d’Innoshima, incarne le mieux les enjeux de pouvoirs qui ont secoué la région durant tout le Moyen-Âge japonais. On y plonge dans le Japon du XVème siècle, celui des guerres civiles et des seigneuries féodales, période pendant laquelle la mer de Séto, voie commerciale incontournable et florissante, était l’objet de toutes les convoitises. A travers les vestiges que l’on exhume encore aujourd’hui ça et là, l’histoire et la légende se mélangent pour raconter le Japon des samouraïs, des grands seigneurs et, surtout, celui des kaizoku, les pirates qui régnaient alors en maîtres sur l’économie maritime régionale.

Noshima Murakami, roi des kaizoku

Du haut du château d’Innoshima Suigun, un panorama à 360° surplombe la mer et permet de scruter les moindres mouvements des navires croisant alentour. De là, Noshima Murakami, pirate redouté et redoutable, repérait tous les navires de commerce croisant en mer de Séto. A la tête des kaizoku, Noshima l’insoumis a régné sur le trafic commercial de la mer intérieure durant la deuxième moitié du XVIème siècle et alimente encore aujourd’hui les grands récits historiques de Séto. La clé de cette suprématie était relativement simple : les navires s’étant acquitté de leur taxe de passage arborait un pavillon au blason du clan Murakami, qui les plaçait ainsi sous la protection des pirates en cas d’éventuelles attaques de clans concurrents. Ainsi, la soumission à Noshima Murakami était-elle le meilleur moyen de traverser la mer de Séto sans encombre. Les récalcitrants, eux, pouvant voir leur cargaison pillée et leurs équipages réduits à l’esclavage…

Rassurez-vous, la piraterie appartient désormais au passé et la bataille de Sekigahara, en 1600, a définitivement unifié le Japon et mis un terme à l’hégémonie des pirates en mer de Séto.